La Web Épitre de Saint Michel d'Etampes

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LES 10 DERNIERES HOMELIES
 

 Homélie du 26 juin

 

 

Si, ce soir, j’avais voulu rappeler ce que nous avions vécu de beau avec vous, chers Hervé et Engelbert au cours des années qui viennent de s’écouler, eh bien la Parole de Dieu m’en empêcherait.

« Laisse les morts enterrer les morts. Toi, va annoncer le Royaume de Dieu » , nous dit Jésus, ou encore: « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » Elie était aussi clair vis-à-vis d’Elisée qui voulait embrasser son père et sa mère avant de se mettre à la suite de son maître, et ce dernier lui rétorque sans ambages « Alors, va-t-en, retourne là bas! » Et Elisée comprend immédiatement, il brûle sa charrue et se met à la suite du grand prophète Elie. Il nous faut prendre au sérieux cet appel de l’Ecriture qui nous dit, non seulement de ne pas regarder en arrière, mais que le réel de nos vies est devant nous, dans ce que Dieu attend de nous au service de son Royaume, que souvent nous ne connaissons pas mais qu’il nous aide, par de multiples signes à discerner et ensuite à réaliser. Alors, oui, nous avons vécu, je crois ici à Etampes, de belles années ensemble mais Dieu nous appelle chacun à poursuivre la route au service de son Royaume, chacun d’entre vous pour terminer dans un premier temps votre mission d’étude et moi, avec une nouvelle équipe, que nous accueillerons à la rentrée avec vous tous pour continuer d’exercer mon ministère au service de l’unité et de la croissance de l’Eglise, ici mais aussi beaucoup plus au sud, dans les plaines et vallées qui nous conduisent jusqu’à Méréville et Angerville.

« Laisse les morts annoncer les morts, toi va annoncer le Royaume de Dieu » Un Royaume dont Paul nous dit que c’est un royaume de liberté: « Cest pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » Ce que nous avons à faire, où que nous soyons est finalement assez simple: annoncer un Royaume qui est un Royaume de vie et de liberté. Un programme finalement profondément exaltant.

Et c’est là, je crois que ce que nous avons essayé de vivre et de faire aussi ensemble peut devenir source d’inspiration pour ce que nous avons à vivre, à faire, chacun dans la mission que le Seigneur lui confiera. Une source d’inspiration et j’espère un signe, modeste mais authentique, que nous avons pu donner à celles et ceux à qui nous avons, ensemble été envoyés.

Je ne vais pas vous canoniser, il est beaucoup trop tôt et encore moins nous canoniser ensemble mais, sérieusement, qu’avons-nous essayé de faire au cours de ces années? Nous avons, je crois essayé de vivre trois dimensions constitutives de notre mission de prêtre tout simplement:

-Une mission au service de l’annonce de l’évangile. Et je suis heureux, profondément, quand je vois, comme hier soir encore avec les catéchistes la joie des chrétiens, nombreux, qui, avec nous prennent au sérieux leur vocation baptismale d’annonce de l’Evangile. Oui, les communautés de notre secteur sont missionnaires, et elles pourraient le devenir plus encore. Je rêve d’une Eglise toute entière catéchuménale, d’une Eglise qui brûle du désir de dire et de proposer ce qui la fait vivre, au plus profond d’elle-même. Et je rends grâces, avec vous Hervé et Engelbert, pour toutes celles et tous ceux, nombreux, des groupes de préparation aux sacrements aux équipes Alpha, la liste est longue, ont à cœur de proposer, vigoureusement la foi qui les habite;

-Une mission au service de l’unité. Je ne percevais pas au début de mon ministère combien ce service de l’unité était à ce point important mais aussi exigeant au cœur de notre ministère pastoral. Et je crois, que notre unité, chers Hervé et Engelbert, qui ne nous a pas empêché d’avoir quelques accrocs, vous connaissez mon caractère souvent impatient, eh bien je crois, parce que de nombreux chrétiens me l’ont dit, que notre unité a été signe et source de l’unité foncière des communautés de notre Secteur, une unité qui fait la joie de mon ministère de prêtre ici à Etampes. Et de cela aussi, avec vous, je voudrais rendre grâce à Dieu et le supplier, avec vous tous, avec insistance pour que cette unité s’étende à l’ensemble des communautés de notre nouveau secteur.

-Une mission qui dit quelque chose de la pleine catholicité de notre église. Eh oui, il n’était peut-être pas évident, il y a quelques années que des prêtres venus d’ailleurs comme on dit pudiquement dans les documents épiscopaux, auraient à ce point trouvé leur place dans nos villes et villages. Eh bien, je crois que ce n’est pas rien, ce qu’il nous est donné de vivre. Elles ne sont pas si nombreuses les institutions où la prise en compte de la diversité est aussi profonde et structurelle que dans notre église catholique. Catholique c’est-à-dire universelle, universelle dès ses origines, universelle non pas par décision ou par volonté politique ou épiscopale, mais parce que corps eucharistique, notre Eglise est le corps de ceux en qui, en Christ, il n’y a plus ni esclave, ni homme libre, ni juif, ni grec mais l’assemblée des baptisés, tous revêtus de la même dignité, l’infinie dignité des enfants de Dieu. Une dignité qui n’écrase en rien la prodigieuse diversité de nos cultures, de nos sensibilités, de nos histoires. Oui, avec vous, grâce à vous, je rends grâce, chers Hervé et Engelbert de ce que nous avons pu vivre et j’espère un peu signifier de la pleine catholicité de l’Eglise, un signe peut-être imparfait mais parlant de ce que Dieu veut établir entre tous les hommes. Ce projet secret de l’Esprit qui n’aime rien de plus que rétablir sans cesse la communion en jouant sur les différences, comme aimait à le dire un grand témoin de la mystique de la rencontre, le père Christian de Chergé. Et avec vous, je voudrais aussi ce soir rendre grâces pour nos communautés, qui ont su, comme d’instinct, entrer et nous entraîner dans cette dynamique spirituelle de communion.

 

 

Annonce de l’Evangile, unité de l’Eglise, catholicité vécue au quotidien, ce n’est pas un programme et encore moins un bilan c’est simplement je crois le chemin que l’Esprit a voulu, ensemble, avec les communautés que nous avons accompagnées, nous indiquer. C’est-ce ce chemin que votre présence, au milieu de nous, Hervé et Engelbert, nous a donné de parcourir. Et de ce chemin, et des fruits qu’il ne manquera pas de continuer à porter, ici comme plus au sud dans les plaines de Beauce, je tiens à rendre grâce à Dieu, dans une joie profonde et une confiance inébranlable. Inébranlable car fondée sur le Seigneur qui est « notre rocher, notre forteresse », et qui veut nous réunir dans « Jérusalem, ville où tout ensemble ne fait quun » et dont nos communautés sont comme la préfiguration et le signe. Amen!

 

  

Vous avez entendu, les enfants, le beau récit de l’appel de Samuel.
«
 Samuel, Samuel ». Dans la nuit, le Seigneur appelle le jeune Samuel par son prénom, et dans un premier temps Samuel ne comprend pas qu’il s’agit du Seigneur. Et il va voir le vieil Eli, un homme expérimenté qui l’aidera à comprendre qui l’appelle et comment répondre: « Parle Seigneur, ton Serviteur écoute »

Eh bien, cette histoire est un peu votre histoire à vous qui allez être baptisés. C’est le Seigneur lui-même qui vous a appelés, oh pas forcément dans la nuit par une voix intérieure comme pour le jeune Samuel, peut-être par l’intermédiaire de vos parents, d’un ami, d’un aîné dans la foi, quelqu’un qui vous a parlé du baptême, ou peut-être même par un désir intérieur. Ca, c’est le secret de chacun et de son histoire, unique avec le Seigneur. Mais d’une façon ou d’une autre le Seigneur vous a appelé personnellement, Julie, Alice, Louise, Léon, Audry, Tissem, Lisa, Maxime, Margaux, chacun par son prénom car il vous connait personnellement et vous aime chacune et chacun d’un amour que vous découvrirez progressivement, tout au long de votre vie, si du moins vous continuez à tendre l’oreille et à écouter ce que le Seigneur a à vous dire. Et, comme Samuel, vous êtes allés voir un aîné dans la foi. Pour vous, c’est Marie France, madame Thuillier, qui vous a préparé au baptême, qui a rempli la mission que le prêtre Eli a remplie auprès du jeune Samuel. Et qui vous a appris, chacune et chacun à dire à votre tour: « Parle Seigneur, ton serviteur, ta servante écoute » Et vous vous êtes mis à l’écoute de la parole du Seigneur, vous avez appris à le connaître et surtout à l’aimer. Et aujourd’hui, le Seigneur vous adresse une parole tout à fait unique, toute particulière. Quand je verserai l’eau du baptême sur vos fronts, c’est la voix même de Dieu qui a retenti quand Jésus lui-même a été baptisé par Jean Baptiste au Jourdain qui retentira dans votre cœur: « Tu es mon fils, tu es ma fille bien aimée. En toi jai mis tout mon amour ». Tout l’amour de Dieu, vous rendez-vous compte du cadeau qui vous est fait ce matin. C’est Dieu lui-même qui vient se déverser au plus profond de votre cœur, lui qui est amour, lui qui n’est qu’amour. C’est Dieu lui-même qui vient ouvrir au plus profond de votre cœur une source à laquelle vous pourrez revenir chaque jour de votre vie.

Il est bon, chers amis, parents, enseignants, personnels de l’Institution Jeanne d’Arc de célébrer ces baptêmes le jour même où nous rendons grâces pour l’année écoulée. Je ne sais ce qu’a été cette année pour chacun d’entre nous, difficile, terrible même pour les uns, je ne peux pas ne pas penser ce matin à Matthieu et à sa famille, mais la célébration de ces baptêmes nous ramène à l’essentiel de notre mission:

 

-baptisés, nous avons à nous interroger sur ce que nous avons fait, sur ce que nous faisons de l’amour qui a été déversé en nos cœurs au jour de notre baptême;

-baptisés, nous pouvons nous demander en quoi nous mettons l’annonce de l’Evangile, qui fait partie de la mission de tout baptisé bien avant même que de faire partie du projet d’un établissement catholique, au centre de nos préoccupations. Oh pas à la place des tâches que nous avons à remplir, mais en quoi dans l’exercice même de ces tâches nous avons le souci de transmettre ce qui nous fait vivre?

-baptisés, ce matin, fatigués peut-être aussi par une année qui s’achève, le don fait à ces enfants peut nous inviter à relire avec un regard plus lumineux, un regard clarifié ce qui a fait le quotidien de nos vies au cours de cette année scolaire. Et découvrir, émerveillés peut-être, le doigt de Dieu à l’œuvre, discret mais fidèle au cœur des multiples activités dont a été tissé le quotidien de notre année. Et d’en rendre grâces, dans une confiance renouvelée, et dans la joie. 

 

Amen !

 

« Frères, si le Christ nous a libérés, cest pour que nous soyons vraiment libres »

Je ne suis pas sûr que si l’on interrogeait les médias, et les français en général, la liberté serait ce qui serait naturellement associés à la vie chrétienne. On a plutôt tendance à rabâcher que la morale judéo chrétienne avec ses collections d’interdits notamment sexuels, serait l’antidote absolue de la liberté et que la conquête de la liberté consisterait réciproquement en une libération des carcans imposés par la religion.
Et pourtant, il nous faut entendre saint Paul, intraitable quand la liberté chrétienne est en cause: «
 Frères, si le Christ nous a libérés, cest pour que nous soyons vraiment libres »

Le baptême, que nous célébrons aujourd’hui est fondamentalement le sacrement de la liberté. Mais de quelle liberté s’agit-il? Pas de la liberté de faire ce qu’on veut, ce qu’on ressent au gré de ses émotions aussi fugaces que changeantes. Mais de cette liberté profonde de celui qui a découvert que la liberté, la vraie liberté, la liberté intérieure est le fruit d’un combat, et exige parfois des ruptures. L’Evangéliste Luc nous dit que Jésus prend avec courage le chemin de Jérusalem, et il en fallait du courage car Jésus savait parfaitement ce qui l’attendait au bout du chemin, mais c’est en pleine liberté, qu’il marche vers sa Passion, sachant que telle est la mission qu’il a reçue et à laquelle il consent totalement. La liberté, la vraie liberté exige aussi des renoncements: Laisse les morts enterrer les morts lance vigoureusement Jésus à celui qui voudrait aller enterrer son père avant de se mettre à son service, reprenant ainsi la réponse vigoureuse d’Elie à son disciple Elisée qui voulait aller saluer ses parents avant de se mettre à sa suite. Et pourtant, quoi de plus naturel, de plus moral que d’aller enterrer son père, que d’aller embrasser ses parents avant de se mettre au service de Jésus. Et pourtant, ces exemples extrêmes nous disent, et nous le savons bien au fond de nous, que la liberté exige des renoncements, et qu’elle est parfois douloureuse. Je pensais en lisant l’Evangile à Sébastien, un jeune diacre qui va être ordonné cet après midi à Pontoise et qui, pour répondre à l’appel du Seigneur a dû payer un prix élevé vis-à-vis de sa famille. Sa grand-mère, que j’avais enterrée à Etampes, vigoureusement opposée au chemin de son petit fils vers la prêtrise, avait refusé la moindre participation de son petit fils à ses obsèques, et je peux vous assurer que ça a coûté à Sébastien, qui aimait profondément sa grand-mère. Et je le voyais il y a dix jours à Rome, profondément libre et heureux. Oui, il y a un prix à payer pour accéder à la belle liberté des enfants de Dieu.
Quel peut-être ce prix. Ca dépend de l’itinéraire de chacun, ce peut être simplement un engagement résolu à la prière régulière, ça coûte parfois de se tenir à la prière mais quand on y a goûté, Dieu sait qu’elle est aussi nécessaire à la vie que la respiration. Ca peut-être une prise de distance, difficile parfois mais salutaire vis-à-vis de séductions du monde, une maîtrise de son rapport à Internet, à Face book, aux jeux vidéos mais aussi toutes les drogues comme l’alcool, le cannabis, que sais-je encore? Chacun sait parfaitement de quoi il doit se libérer pour être vraiment libre. Mais ce que nous dit Paul à la suite de Jésus, c’est que, même si le prix à payer peut parfois apparaître lourd, l’aspiration à la liberté est une trace en nous, la plus forte disait saint Augustin, de ce qui reste de l’image de Dieu en nous. Et surtout que le bonheur, la joie sont à ce prix. Oui la liberté, la belle liberté des enfants de Dieu nous ouvre des continents intérieurs que nous ne soupçonnerions pas avant de les avoir entraperçus, des continents, de joie, de paix, liées au don joyeux de soi pour le service de Dieu et de ses frères? N’ayez pas peurs de devenir des saints, aimait à dire Jean Paul II, c’et à dire n’ayez pas peur de prendre au sérieux les exigences de votre baptême. Là est la source de la vraie joie, la joie qui, contrairement aux joies du monde si souvent suivies de lendemains qui déchantent, la joie qui demeure, quelles que soient les secousses de la vie. 

 

 

 

Amen !

 

 

 

Homélie du 20 juin

  

Jésus prie dans la solitude à chaque étape importante dans sa mission. Luc note ainsi que Jésus a prié après son baptême (3, 21), après le premier enthousiasme des foules (5, 16), avant de choisir les Douze (6, 12), lors de la Transfiguration (9, 28-29), avant d’enseigner le Notre Père (11, 1) et sur la croix (23, 34.36). Mais cette fois-ci, ses disciples sont aussi avec Lui à l’écart (grec : “su nèsan”) : il s’agit en effet d’une étape très importante : Jésus veut clarifier sa mission ainsi que sa relation avec ses disciples : Qui sommes-nous pour les autres ? Qui suis-je pour vous, et qui suis-je réellement ? Luc, c’est typique pour lui, signale que Jésus pose cette question dans un contexte de prière : l’identité de Jésus ne peut être perçue que dans sa relation avec le Père.

 

Jésus présente la question avec beaucoup de pédagogie : “Qu’est-ce que les gens disent que Je suis ?” La réponse n’est pas compromettante. Elle n’en est pas moins effarante pour autant : pour les gens Jésus n’est pas qui Il est, mais il est quelqu’un d’autre, il est l’un ou l’autre prophète, ou même Jean le Baptiste. Hérode aussi se demandait qui était Jésus. En Matthieu 14, 2, il dit à ses serviteurs : “Celui-là est Jean le Baptiste, il est ressuscité des morts, ce qui explique ses pouvoirs miraculeux”. Luc, qui est toujours très précis quand il s’agit d’Hérode, et qui a ses antennes à la cour, répercute autrement les choses. Lorsque le bruit courut que Jean était revenu en Jésus, il dit : “Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est celui dont on dit de telles choses ?” (Lc 9, 9). Pour Luc, Hérode prend de la distance avec la croyance naïve en la réincarnation du commun du peuple.

 

Cette croyance en la réincarnation fait encore des émules. Cela se comprend dans notre société où la publicité propose un bonheur trompeur et présente des modèles qu’il faut suivre : cela fait beaucoup de gens frustrés, incapables de reconnaître leur propre originalité et qui doivent référer leur existence à l’un ou à l’autre personnage pour se sentir exister. Le prix à payer, c’est évidemment que tu ne deviens qu’un numéro de série, la nième copie conforme ou quelque réédition encore une fois provisoire.

 

Jésus n’est vraiment pas assorti avec une telle vision. Il est unique. Il ne se range pas dans une quelconque catégorie. Il est tellement unique qu’on ne se risquerait pas à faire sa psychologie, comme l’a noté Hans Urs von Balthasar. De même pour lui aussi chacun de nous est unique. Quand Jésus rencontre Simon, Il le regarde dans les yeux et il le sort de l’ordinaire en lui donnant le nouveau nom de Pierre, avec un projet de vie, une mission et une responsabilité.

Aussi, quand Jésus pose à ses disciples la question décisive : ‘Et pour vous qui suis-je ?’, c’est au tour de Pierre de nommer Jésus avec un projet de vie : ‘Tu es l’Oint de Dieu’. Dans une relation personnelle, les deux partenaires sortent de l’ordinaire. Aussi Jésus ne contredit-il pas Pierre, mais Il s’empresse de défendre à ses disciples d’en parler : Il est l’ ‘Oint de Dieu’ mais Il ne correspond aucunement à la représentation populaire habituelle du Messie. Le Psaume 17 de Salomon avait décrit le Messie, à peine quatre-vingts ans auparavant. Pour ce texte pharisaïque, le Messie chasse tous les souverains étrangers et tous les immigrés hors de la Terre Sainte pour en éloigner toute impureté, et il règne sur tous les peuples depuis Jérusalem. C’est ainsi qu’on concevait les choses et qu’on les attendait.

 

Jésus donne une image totalement autre du Messie, et, à première vue, cela n’a rien d’enthousiasmant. Un Messie qui doit souffrir et mourir ne répond en rien à notre attente, pas plus qu’à la manière dont nous nous représentons Dieu ou son Messie tout puissant qui devrait nous sauver de l’inacceptable, de la souffrance et de la mort. Nous acceptons bien encore que Dieu nous en sauve, mais pas qu’Il veuille être avec nous dans notre condition humaine. En fait, nous avons l’image d’un Dieu paternaliste : un Dieu qui se penche du haut de son ciel et étend son grand bras pour nous sauver de notre dèche. Mais Dieu ne se penche pas. Parce qu’Il est Amour, Il est avec nous. C’est la révolution que Jésus nous apporte. Et cela nous mène loin.

 

Suivre Jésus ne peut donc jamais être une évasion de notre réalité terrestre limitée. Simplement, nous ne devons pas fuir la dure réalité quand Dieu vient la vivre avec nous. Suivre Jésus, c’est prendre chaque jour la croix de nos limites, de nos faiblesses, de nos échecs et de nos souffrances, mais le faire en donnant la main à Celui qui nous précède. Peut-être est-ce un dur chemin, mais nous savons que nous n’y sommes pas seuls. Celui qui veut sauver sa vie en décrochant de la réalité la perdra dans des rêves irréels.

C’est que Dieu est le Réel.

 

Amen !